Refaire l’installation électrique d’une maison n’est pas un chantier qu’on décide sur un coup de tête : selon l’état du réseau existant, la facture va du simple au triple et le logement peut devenir difficile à habiter pendant deux à trois semaines. La première question n’est d’ailleurs pas « combien », mais « faut-il vraiment tout refaire ».
Tout refaire, ou seulement remettre à niveau
Une installation ancienne n’est pas forcément à jeter. Ce qui décide, c’est l’existence d’un support réutilisable : des gaines, une terre, des sections de câble correctes. Sans cela, on ne remet pas à niveau, on recommence.
Les signes qui imposent une réfection totale
- Aucune mise à la terre : prises à deux broches, pas de fil vert et jaune dans les boîtes. Le cas le plus courant avant 1969.
- Fils posés sans gaine, directement dans la maçonnerie ou sous plinthe bois : impossible de tirer un nouveau conducteur sans casser.
- Isolant en tissu, coton huilé ou caoutchouc craquelé : à la moindre manipulation, il tombe en poussière et le cuivre se retrouve nu.
- Conducteurs en aluminium (années 1970 surtout) : l’aluminium flue sous les bornes, les connexions se desserrent et chauffent.
- Tableau à fusibles porcelaine sans place pour créer les circuits séparés qu’exige la norme actuelle.
Deux de ces cinq points réunis, et une entreprise sérieuse proposera une réfection complète plutôt qu’un rafistolage. À l’inverse, une installation des années 1990 avec terre, gaines correctes et bonnes sections se remet à niveau en changeant le tableau et en reprenant quelques circuits. En cas de doute, un contrôle de l’installation par un professionnel tranche la question en une visite, avant tout devis de travaux.
Rénovation partielle ou réfection totale : l’écart de prix
Ce sont deux chantiers différents, pas deux niveaux de finition du même chantier. La rénovation partielle réutilise les gaines existantes et ne touche pas aux murs ; la réfection totale ouvre les cloisons.
| Rénovation partielle | Réfection totale | |
|---|---|---|
| Principe | Nouveaux fils tirés dans les gaines en place, tableau neuf, terre créée | Dépose complète, saignées, nouveau réseau de gaines et de boîtes |
| Prix indicatif au m2 | 50 à 120 € TTC | 120 à 200 € TTC |
| Maçonnerie et finitions | Quasi nulles | Rebouchage, enduit, peinture à refaire |
| Durée sur 100 m2 | 3 à 6 jours | 2 à 3 semaines |
| Résultat | Installation sûre, mais nombre de prises inchangé | Implantation repensée, conforme à la norme en vigueur |
Ces fourchettes sont indicatives, fournitures et pose comprises en gamme standard : seul un devis établi après visite engage une entreprise. Côté artisan, le calcul se fait d’ailleurs rarement au mètre carré mais en points d’utilisation (prises, interrupteurs, points lumineux, arrivées spécialisées), si bien qu’une maison de 90 m2 très équipée peut coûter plus cher qu’un 120 m2 sobre. Les repères de tarification à l’heure comme au forfait sont détaillés dans notre article sur le prix d’un électricien.
Le déroulé du chantier, étape par étape
Une réfection complète suit toujours le même ordre. Le connaître permet de suivre le chantier et de repérer une étape escamotée.
- Diagnostic sur place : ouverture de quelques boîtes et du tableau, repérage de la terre, du type d’isolant, des sections. C’est ce qui détermine partielle ou totale.
- Plan des circuits et implantation : nombre de circuits, emplacement de chaque prise et de chaque interrupteur, pièce par pièce. Étape à faire avec vous, crayon en main : une prise oubliée ici coûte cher plus tard.
- Coupure et dépose : mise hors tension, retrait de l’ancien appareillage, des anciens câbles et du tableau.
- Saignées et percements : rainurage des murs, percement des cloisons et des planchers pour les passages verticaux. La phase la plus poussiéreuse et la plus bruyante.
- Pose des gaines et des boîtes : gaines ICTA, boîtes d’encastrement et de dérivation, puis rebouchage au plâtre.
- Tirage des conducteurs : passage des fils du tableau vers chaque point, avec un fil pilote laissé pour les évolutions futures.
- Tableau et raccordement des départs : disjoncteurs divisionnaires, interrupteurs différentiels, repérage de chaque circuit sur l’étiquette (voir notre guide sur le remplacement du tableau électrique).
- Prise de terre : piquet ou boucle à fond de fouille, liaison équipotentielle dans la salle de bains, mesure de la résistance.
- Pose de l’appareillage : prises, interrupteurs, plaques, luminaires, après les peintures et pas avant.
- Essais et mise en service : test de chaque circuit, du différentiel et de la continuité de terre, puis remise sous tension.
- Attestation de conformité (CONSUEL) quand elle est requise, avant le rétablissement du raccordement par le gestionnaire de réseau.
L’étape 2 mérite qu’on y passe une soirée : les règles de comptage, de hauteur et de nombre minimal de prises par pièce viennent de la norme NF C 15-100, qui s’applique dès qu’une installation est refaite.
Combien de temps, et peut-on rester chez soi
Sur une maison de 100 m2, comptez 2 à 3 semaines pour une réfection totale en encastré, contre 3 à 6 jours pour une rénovation partielle en réutilisant les gaines. Un appartement de 60 m2 se traite souvent en une semaine.
Rester dans le logement est possible mais inconfortable : sur les jours de saignées et de dépose, il n’y a plus de courant dans les pièces traitées, la poussière de plâtre est partout et les murs sont ouverts. La plupart des chantiers se déroulent donc :
- en logement vide, cas d’une acquisition avant emménagement : le plus rapide et le moins cher ;
- par zones en logement occupé, une ou deux pièces restant alimentées avec une cuisine utilisable, au prix de quelques jours supplémentaires ;
- en deux temps, étage puis rez-de-chaussée, sur les grandes maisons.
Signalez-le dès la demande de devis : un chantier en site occupé demande des protections, un repli chaque soir et des coupures partielles, ce qui allonge le planning et se voit sur le prix.
Budget selon la surface
Enveloppes globales indicatives, fournitures et main d’œuvre comprises, hors finitions de peinture, en appareillage de gamme standard.
| Surface | Rénovation partielle | Réfection totale |
|---|---|---|
| Appartement 60 m2 | 3 000 à 7 000 € | 7 000 à 12 000 € |
| Maison 100 m2 | 5 000 à 12 000 € | 12 000 à 20 000 € |
| Maison 150 m2 | 8 000 à 18 000 € | 18 000 à 30 000 € |
À ces montants s’ajoutent, selon les cas, l’attestation de conformité (environ 145 € TTC pour une attestation jaune demandée par un particulier), la remise en peinture, et parfois le déplacement du compteur ou du disjoncteur de branchement si son emplacement n’est plus réglementaire.
Ce qui fait exploser un devis
- L’encastré contre l’apparent : la même installation posée en goulotte coûte deux à trois fois moins cher, mais se voit.
- Les plafonds en dur : sans combles au-dessus, alimenter un point lumineux central impose une saignée en hauteur ou un faux plafond.
- La maison en pierre : murs épais, saignées lentes voire impossibles. Beaucoup de chantiers anciens finissent en pose sous doublage isolant.
- Les étages : chaque passage vertical entre niveaux se cherche, se perce et se rebouche.
- Le niveau d’équipement : volets centralisés, réseau informatique, éclairage piloté. La domotique se décide au moment du plan des circuits, pas après.
Aucune fourchette ne remplace une visite : l’état des gaines et la présence d’une terre ne se voient pas sur photo. Demandez un devis gratuit à des électriciens près de chez vous et comparez circuit par circuit.
L’ordre des corps de métier
Dans une rénovation qui touche plusieurs lots, l’électricité passe tôt : démolition, puis plomberie et électricité en parallèle, puis plâtrerie et doublages, puis chapes et sols, enfin peinture. L’électricien revient en toute fin de chantier pour poser l’appareillage et faire les essais.
Conséquence pratique : validez votre plan de prises avant que le plaquiste n’arrive. Une fois les cloisons fermées et peintes, ajouter une prise veut dire rouvrir, reboucher et repeindre, soit trois interventions pour une prise à 150 €. Notre article sur le prix d’une prise électrique détaille cet écart entre pose anticipée et ajout après coup.
TVA et aides mobilisables
Sur un logement achevé depuis plus de deux ans, les travaux d’électricité relèvent en principe de la TVA à 10 %, fournitures posées par l’entreprise comprises. Le taux de 5,5 % ne vise que les travaux d’amélioration énergétique éligibles et leurs travaux induits, pas une rénovation électrique menée seule. Dans le neuf, ou pour du matériel acheté sans pose, le taux est de 20 % (conditions sur impots.gouv.fr).
Côté aides, une réfection électrique seule n’entre pas dans MaPrimeRénov’, qui finance la performance énergétique. Trois pistes existent malgré tout :
- Travaux induits d’une rénovation d’ampleur : si l’électricité est indispensable à un bouquet de travaux énergétiques accompagné, elle peut entrer dans l’assiette financée.
- Ma Prime Logement Décent (Anah) : pour les logements indécents ou dégradés, jusqu’à 80 % d’un montant de travaux plafonné à 70 000 €, sous conditions de ressources et avec accompagnement obligatoire.
- Éco-prêt à taux zéro et aides locales, variables d’une commune ou d’un département à l’autre.
Montants et conditions changent chaque année : vérifiez votre situation sur france-renov.gouv.fr avant de bâtir un plan de financement.
Choisir l’entreprise
Une réfection électrique se confie à une entreprise identifiable et assurée, pas à une intervention de passage. Quatre vérifications avant de signer.
- Assurance décennale en cours de validité : demandez l’attestation et vérifiez l’activité couverte (électricité, pas « travaux divers »).
- Devis détaillé par circuit et par pièce : nombre de points d’utilisation, gamme de l’appareillage, calibre des protections. Un « forfait rénovation électrique » global ne se compare à rien.
- Postes exclus : rebouchage, peinture, évacuation des gravats, dépose de l’existant. C’est là que naissent les suppléments.
- Qualification IRVE si une borne de recharge est prévue, à anticiper dès le plan du tableau.
Trois devis suffisent à situer le prix du marché, à condition de les ramener au même périmètre : même nombre de prises, même taux de TVA, mêmes finitions incluses.
Questions fréquentes
Combien coûte la rénovation électrique d’une maison de 100 m2 ?
De l’ordre de 12 000 à 20 000 € TTC pour une réfection totale en encastré, et de 5 000 à 12 000 € pour une rénovation partielle réutilisant les gaines existantes. Seul un devis après visite fixe un prix réel.
Faut-il refaire toute l’électricité ou seulement le tableau ?
Le tableau seul suffit si l’installation a une terre, des gaines exploitables et des sections correctes. Sans terre, sans gaines ou avec un isolant tissu ou caoutchouc craquelé, la réfection complète s’impose.
Combien de temps dure une rénovation électrique complète ?
Comptez 2 à 3 semaines sur 100 m2 en encastré, une semaine environ sur un appartement de 60 m2, et 3 à 6 jours pour une rénovation partielle sans saignées.
Peut-on habiter la maison pendant les travaux ?
C’est possible en travaillant par zones, avec une ou deux pièces maintenues sous tension, mais les jours de saignées sont difficiles à vivre. En logement vide, le chantier est plus rapide et moins cher.
Le CONSUEL est-il obligatoire après une rénovation électrique ?
Oui dès que l’installation a été mise hors tension par le gestionnaire de réseau et doit être re-raccordée, ce qui est le cas d’une réfection totale. L’attestation jaune coûte environ 145 € TTC pour un particulier et se vise en une à trois semaines.